Raoul & les mousquetaires. Acte 1.

Raoul et les mousquetaires du zinc !

Acte 1 : Raoul.

Pepere jojo 1

 

Septembre 2007. Rue Saint-honoré, Paris.

Raoul quitte la nuit et pénètre dans le café des halles.

La salle est déjà pleine de louchebems, de cheminots attablés aux tables ou au zinc devant leurs ballons de rouge. Il secoue sa grapette, secoue ses pieds pour que la neige-glus le lâche un peu. Jette un œil à la tocante. 21h30. Près du poêle en fonte, il repère la table avec son poteau.

 

  • Raoul : T'es dj'a debout Baobab ! t'es tombé de ton pucier ou c'est la Solange qui t'a viré de la téloche ? Y avait Bradd Putt à l'aquarium ?

 

  • Le narrateur : Baobab, alias Djamel, ancien catcheur et casseur à l'occase est en train de boulotter un petit salé aux lentilles, vu que sa faignasse n'aurait pas su faire cuire une tranche de pâte de foie. D'ailleurs est-ce que ça se cuit une tranche de pâté de foie ? Non ? Et bien vous voyez bien ! La faignasse en avait fait cuire une, et en plus l'avait fait brûler !

 

  • Raoul : Siflard et kil de rouge, y a que ça de vrai.

 

  • Raoul : T'es louf toi ? Depuis qu'ils t'ont envoyé Spoutnik dans la lune, ils t'ont ramené tout un tas de saloperies de maladies sorties du trou du cul de du diable ! Le cholestérol, là grippe à verre je t'en passe et des meilleurs. Maintenant il aseptise tout, à peine si tu dois pas cuire ton steak à la javel ! Au bout du compte, tu canneras quand même !

 

Baobab va s'enfiler sa tasse de caoua quand Raoul l'arrête :

 

  • Raoul : Arrête, t'es braque ? Vérifie s'il est bien au bistrooactif ton jus avant de boire n'importe quoi !

 

Les bouchers et le bougnat éclatent de rire. L'auverpin amène chorizo, saucisson sec et à l'ail, pâtés sur une grande assiette.

 

  • L'Auverpin : Ha c'est vrai que c'est autre chose que leur petit dej de jeune fille ça.

 

Une gisquette s'approche avec son verre vide.

 

  • Raoul : Hé la perruche, t'as la dalle en pente ? Fume moins, t'aura moins soif ! Et pis c'est interdit maintenant dans les lieux publics !

 

La vielle femme regarde Baobab outré.

 

  • Simone : Moi les lieux publics, je pisse dessus ! Je fume où je veux et leurs PV ils peuvent me les donner, je sais ce que j'en ferais à ces jeunes cons qui encore la morve qui leur pend au bout du créateur.

 

  • Raoul : T'es déjà schlass ? À même pas 9h du mat toi la perruche?

 

  • Simone : non, suis pas schlass, mais faut pas qu'ils m'emmerdent avec leurs lois à la con qui servent qu'à t'engourdir davantage de pognon ! Bientôt t'auras une taxe sur l'air que tu respires. Moi ici, je fume, je pète, je rote et j'les emmerdes ceux de la maison Royco ! Et pis c'est toi qu'est schlass ! On est pas le matin, il est même pas dix plombe du soir.

 

La porte s'ouvre à nouveau pour laisser entrer Vasistas.

 

  • Le narrateur : Voilà Vasistas ! Un surnom qui lui vient de sa spécialité lorsqu'il était casseur. Pour les uns, c'était la plume, le pied de biche, lui c'était par les vasistas qu'il entrait pour œuvrer. D'autant plus aisé qu'il était couvreur. Enfin il l'avait été. 10 Jours. Le temps de se faire enchrister par les petits frères de Sainte Fleury. À Mérogis. Vasistas c'est le guss qu'avait pas de bol ! Il avait été pris en train de tuber la cheminée de la fille du commissaire principale. Pas de sa femme non. Elle s'était fait, elle ronflait à oilpé sur le divan du salon en rêvant de six freddy, quand son Maigret était rentré. Quelle idée ? Six Freddy, un seul c'est déjà bien non ?C'était il y a longtemps, juste avant qu'il se fraise d'un toit un matin, à deux doigts de se mataver. Il avait été enchrister quelques mois, le temps de se refaire une santé, c'était le cas de le dire, puis s'était reconverti dans les fafs en tocs. Des fafs qu'il refourguait maintenant aux puces, vu qu’à ce jour il faisait plus que dans la brocante.

 

Raoul pose sa bâche sur la chaise et prend place. Fait un sourire à toute la clientèle, et même aux mouettes qui avaient oubliés de s'arrêter dans le troquet. Vu qu'il y a que lui qui les voyait.

 

  • Raoul : L'auverpin, je la saute, amène le frometogom et le pichtegorne. On est le soir ? C'est pas une raison valable ! Vous me ferez 15 jours pour effronterie la vielle !

Il fouille son étagère à mégot et tire une tige qu'il plante dans son bec. Puis voyant entrer vasistas :

  • Raoul : Ha bein vl'a la crapule ! La bande à Bordeaux est au complet ce coup-ci  !

 

  • Simone : C'est pas Bordeaux, c'est Bonnot.

 

  • Raoul : Bah et si moi je préfère le Bordeaux ? Bah voui madame, et le rouge, et je vous dis merde !

 

  • Vasistas : Alors de quoi on jacte ici ? Vous allez vous mettre à table ?

 

  • Raoul : On à une tête à s'affaler nous ? Tu te prends pour le chef à Lauriston ?

 

  • Baobab : Ferme ton claque merde, pour le moment on croûte, s'affaler on verra ça plus tard, mais toi tu ferais bien d'y aller maintenant.

 

  • Simone : Lauriston ? t'étais même pas né hé, fœtus de chez Mac Do !

 

  • Raoul : Mais elle va pas se la fermer la vieille tringle ?

 

  • Vasistas : Parait que le dabe revient dans le quartier ce matin !

 

Vasistas regarde Raoul en coin, qui jette son air imbu d'alcool vers Baobab.

 

  • Baobab : il était pas tricard ici le dabe ?

 

  • Vasistas : Si ce tricard se fait alpaguer, il ira aux assiettes !

 

  • Raoul : Une assiette de petit salé aux lentilles ! (il éclate de rire).

 

  • Vasistas : Tu sais bien Baobab que depuis qu'il a échappé à la bascule à charlot, il se fout un peu d'être tricard.

 

  • Baobab : C'est sur qu'il risque plus rien avec le massicot, n'empêche que sézigue c'était un marle quand même.

 

  • Simone : Ho il est comme nous hein ! il a pris à croum dans la cage à soufflets, il a plus 20 berges.

 

  • Baobab : Il fait plus que lire le canard que de limer maintenant.

 

  • Raoul : Parles pour toi Bao, moi de ce côté là, j'assure encore hein.

 

  • Baobab : Bah oui, mais toi t'es encore un minot par rapport à nous ! 30 Berges c'est quoi ? Une poignée de morpions jetés à la face du monde.

 

  • Raoul : Et puis moi, les polkas, ça m'inspire ! (l'air inspiré, justement, et les bras écartés).

 

  • Vasistas : Toi t'aurai du être marlou, mais t'avais pas le battant d'un barbeau, trop gentil avec les gisquettes.

 

L'assiette de charcuteries est maintenant vide, comme le kil de vin.

 

  • Baobab : En tout cas j'préfère clapper au rade d'un troquet qu'dans un QHS !

 

D'un hochement de la théière, les deux autres approuvent. Baobab se lève,se vissa la casquette sur la calebasse et s'en va sans moufter, juste en saluant ses deux comparses de deux salsifis.

 

  • Raoul : Oublie pas la douloureuse, c'est ton jour !

 

  • Vasistas : (T'as pas une allouf ? (à Raoul, en tendant une cigarette).

 

Raoul lui tend une boîte.

 

  • Vasistas : T'as pas de briquet ?

 

  • Raoul : Les briquets c'est des trucs de tantouse ! moi j'utilise que des bâtons de soufre ! Si ça te plaît pas, tu l'allumeras avec mon nœud ta cibiche !

 

  • Vasistas : N'empêche que pour un nordaf, c'est un gonze commaque !

 

  • Simone : Je confirme, il en a dans le calfouette, turbiner encore comme un bourrin dans le mitan, à son âge, d'un autre côté, il a pas le choix, y a pas de retraite dans le mitan.

 

La porte s'ouvre à nouveau. Le dab était là, dans l'entrée. Vasistas et Simone se figent. On peut croire que ce Raoul va se sentir mal en voyant entrer le dab, se diriger vers le comptoir et commander un thé citron.

 

  • Simone : Bein qu'est-ce qui passe Raoul ? (en se précipitant pour le soutenir).
  •  
  • Vasistas : Allez Raoul, fais pas l'con ! C'est moi, ton poteau, Vasistas.

 

Ils le font assoir sur une chaise. Raoul est blanc comme un mort. Puis il retrouve l'usage de la jactance.

 

  • Raoul : C'est ça ? C'est ça le dab ? Ce vieux pépère fripé comme un cul de bébé ? Ce truc baladé par un yorkshire et épais comme un cure dent en fin de noce ? C'est ça qui m'a coupé les pattes. Ce vieux machin qui, pendant des années, est passé pour le caïd de Montmartre. Mais une mouche qui éternue et il chope une bronchopneumonie le pépère !

 

Le pépère ayant entendu se tourne vers lui. Hausse les épaules, finit son thé. Il paye et sort en haussant encore une fois les épaules.

 

  • Raoul : Ho bhein mes cadets ! En plus, c'est une tantine. Z'avez vu comment il bouge ses épaules ? Comme ma petite soeur qui a 5 ans.

 

Raoul parait désespéré. Mais c'était un gonze plein de courage. Il se relève, fier, et d'un air présidentiel se tourne vers l'auverpin.

 

  • Raoul : Monsieur le Ministre, remettez une tournée aux hommes du peuple !

 

  • Le narrateur : Ainsi se passent la plupart des soirées de Raoul et des mousquetaires du zinc, au bistro de la rue Saint Honoré. Parfois, quand il est fermé, la bande se rabat sur la rue de l'arbre sec. Le seul tabac du coin. Puis à la fermeture, Raoul rentre dans sa carrée, au 108 rue Saint-honoré. Sixième étage. Raoul c'est une douche par semaine pour économiser la flotte. Écologiste le Raoul. Et puis comme il dit, l'eau ça fait rouiller. Et je ne vous ai parlé que d'une scène à 21 h 30min ! Parce qu'à minuit, il devient un grand tribun ! Ho pas toujours le même. Parfois Jaurès s'opposant aux marxistes orthodoxes à la chambre des députés. Parfois Billy Graham fustigeant les dépravés du monde. Même De Gaulle des fois. Et puis un matin. Le 3 novembre 2008, je m'en souviens encore, il déboula dans le troquet. Déjà, à 11 h du matin ce n'était pas normal. Lui qui ne se levait jamais avant midi. À l'heure de l'apéro.

 

  • Raoul : Ho les gonzes, les frangines ! Ouvrez vos étagères à mégot ! Je viens de rencontrer Dieu ! Auguste !

 

  • Baobab : Il s'appelle Auguste ton Dieu ?

 

  • Raoul : Mais ouvre tes cages à miel, Auguste qui est venu me voir !

 

  • Vasistas : T'as dis Dieu ! Hein l'auverpin !

 

  • Raoul : Mais non, vous êtes braque ? Auguste Le Breton ! Tiens l'auverpin, sert moi un château-la-Pompe !

 

L'auvergnat se fait répéter deux fois. Tous ont l'air abasourdi. Raoul boire de la flotte, c'est un grand moment historique là !

 

  • Raoul : Tu veux dérouiller l'auverpin ? Château-la-Pompe j'ai dis ! Le pinard, ça nuit à la création.

 

  • Baobab : Et tu veux créer quoi ? Une étiquette pour une bouteille de pichtegorne ?

 

  • Raoul : Et un coup de latte dans l'oignon ça te dirait ? Non je vous dis que je l'ai retapissé de mes châsses !

 

  •  Vasistas : T'es braque, il est canné ton pote !

 

  • Raoul : Je vous l'dis, il était là devant mézigue, allongé dans mon pucier, son flingue dans le bénouze et son bitos sur la cafetière !

 

  • Simone : Et il t'a payé un godet ! (elle éclate de rire).

 

  • Raoul : Ta gueule la vieille ! T'étais pas là alors retourne turbiner, y a des michetons qui t'attendent et ton barbeau va encore te filer une danse si tu ramènes pas de l'artiche !

 

  • Simone : Ho toi va te tremper le chibre dans l'harissa toi, ça te donnera une occasion de te servir de tes mains !

 

  • Raoul : Ce serait mieux que de te rouler une galoche, le dernier qui a essayé il est à Bruxelles à faire le Manneken-Pis, il gerbe encore ! Et fout moi la paix où je te file un bourre-pif ! Ha et puis vous êtes trop nase ! On peut pas jacter avec vous, "Quoi que tu dises, fasses ou espères, tu n'iras jamais plus loin que ton destin." Qu'il m'a dit !

 

  • Vasistas : Ça veut dire quoi ce charabia ?

 

  • Raoul : Ça veut dire que j'arrête d'écluser, et je me mets à écrire ! Comme lui.

Sur ce, Raoul quitte le troquet, vexé.

 

  • Le narrateur : Pourquoi je vous ai compté cette histoire du grand Raoul ? Vous esgourdez pas les infos ? Le nom du prix Goncourt 2012 à été décerné hier, après un déjeuner chez "Maxim's", à Raoul D pour son livre " le calfouette ". Juste 4 ans après avoir quitté le troquet de la rue Saint Honoré ! Faut se tenir informé hein !

 

Lexique, si vous n'avez pas compris tout les mots d'argot parisien : cliquez ici !

 

 

copyright.be/©2018-Cotard Claude

Les mousquetaires cover claude

 

 

 

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