Fauteuil ou divan ?

Meridienne anastasia canape inn

Freud expliquait que la position allongée permettait aux « analysés » de se sentir plus libres de dire ce qui leur traversait l'esprit, même les pensées les moins avouables, sans se heurter au regard impénétrable de l'analyste, sachant que selon certains patients, « tout se voit dans les yeux, on peut y lire comme dans un livre ouvert. Difficile dès lors de cacher les émotions, les douleurs, etc.. Même si on est là pour les faire sortir ».

Couché, dans un état d'esprit disponible et relâché, par le biais d'un discours moins contrôlé, chacun peut ouvrir une voie directe vers son inconscient.
À l'image du dormeur qui rêve, la position horizontale permet, en effet, aux pensées de tisser entre elles des liens inattendus.
Elle favorise donc les associations libres.

« Un individu assis face à son analyste sera toujours attentif au regard qu'on a sur lui, aux mimiques que le thérapeute emploie,
explique Martine Sandor Buthaud, psychanalyste à Paris.
Allongé, il se retrouve davantage seul avec lui-même, même s'il est en présence de l'autre qui n'intervient que par la voix. Cela lui permet de lâcher le contrôle de son mental et de laisser venir à lui toutes sortes d'images et de fantasmes qui se nouent dans le transfert. Évidemment, cela peut aussi être possible en face à
face. Mais sur le divan, l'écran est vide, le champ laissé plus libre au déroulement des processus inconscients... Tout le système projectif peut alors se mettre en scène
 ».

La position allongée facilite le lâcher-prise. Elle permet un état de détente et de relaxation maximale, favorisant l’expression d’une parole libre, non soumise au jugement critique, à l’auto censure. Assis face à un interlocuteur, le patient tend à être sur ses gardes, il s'exprime beaucoup par des contractions musculaires, des gestes, des tics. Généralement, involontaire et inconscient. Ses émotions s'expriment physiquement.

Le simple fait de passer du fauteuil au divan peut déclencher un bond en avant dans la thérapie.
Cette position met le patient à l’abri de cette impression de discerner un jugement dans les yeux du praticien.
L’absence de regard sur lui, libère. Le fait de ne pas voir l'analyste (même s'il vous voit), permet de dire des choses que certains patients n'auraient pas dites s'ils avaient été assis en face de lui. Et c'est d'ailleurs pour ça que certains patients,
lorsqu'il voit leur praticien, lui demandent la permission de s'installer sur le divan. Car ce qu'ils ont décidé de lui dire ils ne se sentent pas capable de le faire en face a face, des choses difficiles à dire ou a formulé.

Ellea témoigne : « Oh oui, c'est pesant ce regard, cette sensation d'être fixée, détaillée, analysée dans le moindre de ses égarements. De se sentir coincée parce que je ne veux pas montrer que ce regard me pèse, mais que je ne peux faire autrement que de détourner les yeux et lui montrer ainsi que je l'évite.
Hier, j'étais partie pour lui parler. Et je n'en ai pas dit la moitié. Ce regard, c'était impossible. Je me suis mise à trembler dès le début de la séance, dès que j'ai entamé le sujet et pour me contrôler je n'avais pas d'autres moyens que de détourner la
conversation sur autre chose. Il a essayé de me faire y revenir, mais c'était impossible. Et pas parce que je n'y pensais pas, pas parce que je ne trouvais pas les mots. Non seulement parce qu'il était là, en face de moi et que je ne pourrais pas supporter qu'on me regarde quand j'en parlerais. Parce que c'est un homme aussi.
Et parce que moi même je ne comprends pas ce qui s'est passé ce jour-là et qu'il va m'être très difficile de le faire comprendre à quelqu'un d'autre
 ».

Ou Anne : « En thérapie “sur le divan”, je ne perdais plus une partie de mon temps et de mon énergie à me dire “attention ! la va falloir que j'évite absolument son regard !” “Zut ! il va le voir! Qu'est-ce qu'il va en tirer comme autres conclusions ?”.

Mais on peut aussi faire un travail efficace en face à face.
Il ne faut pas sacraliser le divan. Le seul moyen de connaître la position qui vous convient est d'essayer, sans vous sentir prisonnier.

Cependant, le patient s’allonge rarement dès la première séance.
Les premiers entretiens sont consacrés au repérage de la problématique existentielle, familiale, amoureuse du patient. Ce dernier est assis. Le divan n’est utilisé que lorsque le travail est réellement engagé.
Certains psys laissent entendre que le divan, ça se mérite !
Ce n'est pas tout à fait faux, et c'est pour cette raison que, contrairement au cliché traditionnel, peu de psys vous prient dès les premières séances, de prendre place dans le fameux divan.

Fauteuil ou divan, c'est selon le choix du patient ! Ce qui est important c'est la qualité de la relation et donc du travail qui en découle...

 

Publié le  3 fev 2014,  par Claude Cotard, sur "Mon psychologie".

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