Fleurs de pavé

Fleurs de pave

Résumé :

La rue fait peur !
Je l'ai connue pendant trois ans ! En deux fois. Pendant un an en 1977 ; puis pendant deux ans de 1993 à 1995.
C'est cette dernière partie que j'ai eu envie de vous raconter. Non pas par exhibitionnisme, mais simplement en espérant qu'un jour le chaland qui passe apprendra à porter un autre regard sur ces SDF que l'on croise dans la rue, au coin d'un chemin, au carrefour des centres-villes. Pour que chacun sache que ce n'est pas réservé à une classe roturière, aux faignants, drogués, alcooliques, mais que ça peut arriver à n'importe qui.
Une fois à la rue, peu de choses sont faites pour nous aider à nous relever réellement, contrairement à ce que pourrait penser la masse
populaire et les campagnes de médias réalisées régulièrement au début de l'hiver.

Une première tendance a été chez moi de rendre ce témoignage sous forme de roman ; mais ça n'a rien d'un roman ! C'est une réalité et un vécu. Pas besoin de romancer. La flagrance de l'authenticité des faits se suffit à elle-même.
Et pour reprendre Brigitte : « Je sais d'expérience que l'on peut avoir des papiers en règle, un travail, des amis, une famille et se retrouver

Extrait de "Fleurs de pavé" :


Il a un costume trois-pièces. Toujours tiré à quatre épingles. Il a une belle petite maison, une bonne voiture, une femme et trois enfants, un bon travail. C’est le genre d’homme qui a l’air sûr de lui. Un décideur, un homme de caractère.
Pourtant, c’est un ancien SDF. Il a passé huit ans à la rue. Ni son épouse actuelle, ni ses beaux enfants − il n’est que le beau-père − le savent.
Travailleur courageux, honnête, il habite un appartement agréable. C’est un beau petit couple avec deux enfants. Lui, il est apprécié dans son quartier. Toujours serviable. Jean-Paul a tout de l’homme qui paraît équilibré, qui semble avoir réussi sa vie. Il est mature, sain, c’est un homme de confiance, fort sympathique, diront ses voisins, ses collègues de travail, ses amis.
Peux savent que c’est un ancien SDF. Qu’il a passé trois ans dans la rue. Il partage ce secret avec son épouse seulement.
Véronique aussi a bonne réputation dans son quartier. C’est une femme sympathique, cultivée, extravertie, mais sérieuse. Elle vit seule dans son petit appartement. Très travailleuse. Elle a des amies avec qui elle aime sortir le samedi, qu’elle aime recevoir pour de petits repas festifs entre copines.
Ces copines qui seraient bien étonnées d’apprendre que Véronique a passé deux ans dans la rue.

Honte ou revanche, celui qui s’en est sorti ne juge pas forcément utile d’en parler. Dans tous les cas, ce passé est fait de blessures, on n’a pas forcément envie de les exposer au tout-venant. Tout le monde ne comprendrait pas, estimant que ceux qui sont à la rue ne le sont que par fainéantise, par bêtise, ou tout simplement à cause de leur comportement insouciant, alors que c’est le plus souvent à cause d’un accident de la vie qui peut arriver à n’importe qui.
Un accident, une injustice, une blessure, une force majeure imprévisible. Tu as une maison, tu as un travail ou tu es vaillant. Tu as une famille, tu payes tes factures en temps et en heure. Tout va bien. Et puis un matin, un grain de sable, et hop ! Ça va plus vite qu’on le croit !
Le nombre de personnes qui vivent au seuil de la pauvreté, voire en dessous, il y en a un nombre sans cesse grandissant. Tous sont sur le fil du rasoir. Mais pas seulement eux ! Toi aussi ! Aujourd’hui, tout va bien, mais demain ? Un licenciement, un accident de travail, une maladie. Un conjoint, des ami(e)s, un propriétaire ou un patron indélicats... et hop, ça peut rapidement basculer.
Ne te moque donc jamais de ces accidentés de la vie, demain tu seras peut-être du nombre.
Ne les ignore pas non plus, ne les fuis pas, ce n’est pas une maladie contagieuse. Je ne dis pas bien sûr qu’il faut rechercher leur compagnie, mais ils sont là et tout ce qu’ils demandent, avant tout, c’est le respect. Le respect, un sourire, une parole de réconfort.
Apprends à les écouter et tu réaliseras que nul n’est à l’abri.
Chacun a une histoire, mais aucun n’est né SDF. Aucun homme n’est programmé pour ça.
Dans une autre vie, ce SDF aurait pu être de ta famille, ton frère, ton père, ta soeur ou ta mère... Va savoir ! Ton fils peut-être. Qui mérite ça ? Même pas un chien !
La plupart des anciens restent marqués, après un passage de la rue, pendant des années, parfois à vie, suivant le temps passé comme SDF. Peu d’anciens aiment évoquer ce passage de leur vie. Rien que son souvenir leur donne froid dans le dos. Un peu comme tous ceux qui revenaient des camps de la mort. Eux non plus ne parlaient pas de ce qu’ils avaient vécu. Même si la comparaison s’arrête là. Comme toutes les victimes des blessures de la vie, les femmes battues, les victimes d’un viol, on se tait.
Ils ont appris à se plaindre un peu moins pour des futilités, à se contenter de peu. Ils ont souvent appris à compter, à ne pas jeter l’argent par les fenêtres. Mais ils ont surtout appris à apprécier le bonheur de prendre une douche chaude, de manger chaud, à l’abri des intempéries. Ils sont devenus plus forts, plus résistants aux aléas de la vie, sont devenus plus philosophes.
Heureusement, il y en a qui surmontent leurs blessures, qui témoignent. Ça permet aux autres de savoir, ceux qui s’imaginent que d’être SDF c’est une maladie contagieuse, parfois sans être conscients qu’ils ont, dans leur entourage, d’anciens SDF.
Ça permet de mettre en garde ceux qui se croient à l’abri aussi. Beaucoup le sont d’ailleurs, pour le moment... parce que ça va plus vite qu’on le croit !
Des fleurs de pavé, vous allez en croiser encore.
De plus en plus, vu l’évolution des conditions de vie où les riches s’enrichissent de manière croissante et où les pauvres sont de plus en plus nombreux, dans nos pays capitalistes, dans le pays des droits de l’homme.
Comme chaque hiver, chaque année, vous entendrez aux infos qu’un SDF a été retrouvé mort de froid. Un, puis deux ou trois. Comme chaque année, les Restos du Coeur feront leur show, d’autres associations continueront à se battre. Mais tant que les lois ne changeront pas, peu de choses évolueront.
Il n’y a pas de honte à avoir été, à être SDF. Ce n’est pas toi le coupable, c’est le système politique capitaliste. Ce sont ceux qui nous gouvernent, dans la gestion du pays.
Les coupables, ce sont ceux qui te regardent de haut, avec dédain, avec mépris, comme si tu étais un animal. S’ils se conduisent ainsi, c’est qu’ils savent. Ce n’est pas de toi qu’ils ont peur, c’est de se retrouver à ta place un jour !
Ils ont la même attitude envers les handicapés, les étrangers, envers tout ce qui est différent de ce qu’ils croient être. Ce n’est pas à toi d’avoir honte, c’est à eux parce que tu n’es pas un animal,tu es un homme ! Et si parfois tu deviens animal, tu te comportes comme tel, tu sais bien, toi mon frère, que ce sont eux qui t’ont rendu comme ça, ceux qui te méprisent, ceux qui te refusent ce que les droits de l’homme t’ont accordé à la naissance, ont accordé à TOUS les hommes, en théorie...
Simplement, comme certains sont victimes d’un accident de travail, d’un accident domestique, d’un accident de voiture, toi tu as été victime d’un accident de la vie.
Mais tu ne dois pas avoir honte, tu n’es pas un animal, tu es un homme !

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Fleur de pavé !

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